Raphaël, 23 ans, a quitté en 2014 son pays natal pour émigrer en France. Un an plus tard il obtient le statut de réfugié auprès de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et se lance dans la recherche d’emploi. Il parvient à se faire employer comme développeur web dès l’obtention de sa carte de séjour en 2016 mais rêve de reprendre ses études. C’est alors qu’il entend parler du programme de Kiron Open Higher Education. En septembre dernier, Raphaël a intégré le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) en deuxième année, après avoir suivi les enseignements en ligne de Kiron. Il s’est confié sur son parcours à Marie, qui a rejoint le siège berlinois de Kiron il y a un an et demi et accompagné le développement de sa branche française.

« Avant j’étudiais l’informatique et j’étais développeur analyste, spécialisé dans des questions de sécurité. J’ai un Bac+4 mais je suis arrivé en France sans diplôme, car j’ai quitté mon pays sans papiers ». Raphaël se voit obligé d’accepter un travail à faible rémunération afin de subvenir à ses besoins. « Je ne voulais pas travailler, j’avais 21 ans, je voulais étudier. Mais une fois le statut de réfugié obtenu, je n’ai reçu aucune aide financière ». En parallèle il apprend le français avec la méthode ASSIMIL, regarde en boucle des séries télévisées et « répète les phrases des programmes de Laurent Delahousse » [rires]. Puis il rejoint l’association TechFugees qui l’oriente sur le chemin de Kiron.

« J’ai visité le site, je me suis inscrit tout de suite ». Raphaël accède aux programmes d’enseignement en ligne et cumule alors un travail à temps plein avec les cours en ligne. « C’était beaucoup de travail : je finissais à 17h, je rentrais et j’étudiais jusqu’à 5h par jour ». Lorsque Raphaël apprend la date limite des inscriptions à l’université pour la rentrée prochaine : « ça [lui] redonne de l’énergie » et il se lance avec assiduité dans le suivi du programme en ligne, tout en rejoignant un bootcamp de développement web et en effectuant un stage en entreprise. « J’ai étudié jusqu’à 18 heures d’affilée ». Ses efforts portent leurs fruits puisqu’il parvient à achever la formation proposée par Kiron en informatique en seulement 7 mois, quand la plupart des étudiants y consacrent en moyenne entre 1 et 2 ans.

Lorsqu’on l’interroge sur la difficulté du programme, il nous parle de l’enseignement des mathématiques : « J’étais bloqué, j’avais du mal à assimiler les concepts ». Il contacte alors des tuteurs via le forum de Kiron, une plateforme de dialogue où il peut échanger avec les autres étudiants du programme turcs, égyptiens etc. « Je trouve les MOOCs géniaux car quand je ne comprends pas, je peux arrêter le professeur, ce qui n’est pas possible à l’université ». Reprendre ses études était crucial pour Raphaël qui affirme que, malgré ce qu’on pourrait croire, un enseignement universitaire classique est nécessaire pour travailler dans l’informatique. « Lors de la recherche d’emploi, toutes les entreprises m’ont demandé un Bac+5 ».

Nombreux sont, selon lui, les réfugiés désireux de poursuivre les études interrompues au cours de l’exil. « Kiron est une opportunité extraordinaire pour apprendre dans les périodes d’attente de droit d’asile et de carte de séjour qui peuvent être très longues ». D’autant que les études proposées par Kiron sont gratuites et permettent d’accéder aux programmes  des universités partenaires.

Grâce au partenariat établi entre Kiron et le CNAM, Raphaël a pu intégrer l’école en deuxième année après un entretien visant à évaluer son niveau de langue et sa motivation : « Dans trois ans j’aurai accompli mon objectif numéro 1, celui de devenir ingénieur ! ». A terme, Raphaël a pour projet de créer sa propre entreprise : « plutôt une start-up dans la big data ou dans l’intelligence artificielle ». « Mon projet est de devenir le premier trillionaire (mille milliards $) au monde », déclare-t-il avec humour.

« Je voudrais rester en France pour la vie ». Peu importe qu’il soit pour l’instant le seul étudiant étranger à intégrer le programme du CNAM ou qu’il ait encore des progrès à faire en français. Raphaël cherche à s’intégrer dans ce pays avec qui il entretient « une relation amour/haine ». « Haine » des nombreux obstacles administratifs qu’il a rencontrés et des mauvaises expériences avec certaines ONG. « Amour » des opportunités que la France lui a offertes et lui offre encore chaque jour. « On parle d’Einstein le scientifique, pas d’Einstein le réfugié, pour moi ce sera pareil ».

Hélène Delaplace 

#demandeurdavenir est une série de portraits de personnes réfugiées et demandeuses d’asile bénéficiant des programmes d’éducation de Kiron France. Découvrez leur histoire !